Le besoin de méritocratie et le rejet de la "victimisation"
Pour quelqu'un qui n'a pas hérité de la richesse matérielle ou d'un physique avantageux, mais qui travaille dur, la rhétorique de gauche peut parfois être reçue de manière agressive.
La vision de gauche tend à dire : « Le système est injuste, vous êtes victime de structures sociales et d'inégalités systémiques. »
La droite propose un récit plus valorisant pour l'ego individuel : « Certes, vous n'avez rien au départ, mais par votre travail, votre mérite, votre effort, vous pouvez vous élever. » L'exclu préfère adhérer à l'illusion que tout est possible par l'effort individuel plutôt que d'accepter le diagnostic de gauche qui le fige dans un statut de victime.
Le mécanisme de l'aspiration et de l'identification
C'est le principe même du rêve américain : pour que le système tienne, il faut que ceux qui possèdent peu espèrent posséder beaucoup un jour.
Celui qui n'est pas riche (ou pas beau) ne vote pas pour sa condition actuelle, il vote pour sa condition espérée. Il s'identifie aux gagnants de la loterie.
C'est l'effet « milliardaire temporairement embarrassé » : on défend les privilèges des riches parce qu'on espère secrètement devenir riche.
Le glissement vers l'extrême droite : la création d'une autre hiérarchie
Quand on a perdu à la loterie du capitalisme et à la loterie de la nature, la frustration est immense. C'est là que l'extrême droite intervient avec une efficacité redoutable en proposant une monnaie de singe identitaire.
Le discours devient : « Vous n'êtes peut-être ni riche, ni le plus beau selon les critères des magazines, mais vous êtes d'ici. Et cela vous rend supérieur à celui qui vient d'ailleurs, même s'il est plus riche ou plus diplômé que vous. »
Le détachement des "vrais" gagnants
À l'inverse, les grands gagnants de la loterie — les ultra-riches de la Silicon Valley, les stars hollywoodiennes au physique parfait — affichent souvent des positions progressistes, de gauche ou "woke".
C'est le luxe suprême : quand on possède tout, on peut s'offrir le luxe de la mauvaise conscience et de la générosité idéologique. C'est ce que le sociologue américain Tom Wolfe appelait le « Radical Chic » : afficher des idées de gauche pour se donner une stature morale, tout en sachant pertinemment que sa position sociale est totalement protégée.